L’art du Kusho

Il y a comme cela des découvertes artistiques qui vous interpellent. Soit parce-qu’elles provoquent des émotions universelles, soit parce qu’elles font appel à des sentiments très personnelles… ou parfois les deux. En ce qui concerne le travail du photographe japonnais Shinichi Maruyama, j’ai tout de suite été captivé par sa démarche, tant elle illustre tellement bien l’importance de la gestuelle dans mon propre travail de l’émail.

Kusho 2 - Shinichi Maruyama

Kusho 2 – Shinichi Maruyama

Kusho en japonnais veut dire « écrire dans le ciel« . Shinichi signe une série de photographies du même titre où l’art de l’impermanence côtoie celui de la spontanéité. Voici une traduction de l’anglais, de sa démarche :

En calligraphie j’aime le moment nerveux et précaire juste avant que le pinceau vienne toucher le papier. Une fois qu’il s’applique sur le document, vous devez terminer le caractère. Ce geste ne peut jamais être répété ou dupliqué. Vous devez vous engager pleinement dans votre intention gestuel et aller au bout de votre course.

Les liquides sont insaisissables par la nature. Comme l’encre qui trouve son propre chemin sur le grain du papier, le liquide trouve son chemin unique lorsqu’il se déplace dans l’air. Je jette l’eau dans l’air, et à la mi-vol, elle change de forme constamment, attirée par la gravité et l’éclatement de sa surface. Chaque vol dure à peine plus d’une seconde. A chaque moment, l’eau devient une belle figure qui peut être défini comme une sculpture. Je la capture lorsque l’essence de son existence est pur.

Chaque course est unique, éphémère, et ne peut être  jamais reproduite. Je sais que quelque chose de fantastique se passe. Un moment décisif. Je ne peux comprendre pleinement l’événement que lorsque je regarde ces images capturées, ces peintures dans le ciel.

Shinichi Maruyama – www.shinichimaruyama.com

Detail_emailLes relations sont nombreuses entre la démarche de Shinichi et l’émaillage tel que je le pratique. J’applique l’émail par aspersion sur certaine pièce. Je jette l’émail à l’aide d’un récipient ou d’une louche. D’apparence aléatoire, le jeter d’émail doit être à la fois maîtrisé et libéré. Je ne peux pas revenir dessus. Comme ce photographe, il me plait de visualiser le parcours du liquide depuis son élan jusqu’à son application sur la pièce. Et tout comme lui, je ne découvrirais le résultat après que la vraie nature de l’émail ait subi sa transformation par le feu.

 

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